GPS : Gioconda Painting Show

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La Joconde n’est pas qu’un tableau célèbre, elle en est venue à incarner et représenter la peinture elle-même et l’art de musée par excellence. Or, il est intéressant de se rappeler que ce tableau doit sa célébrité universelle à un événement historique précis : le vol du tableau en 1911, attirant les foules du monde entier qui se pressaient pour venir voir l’emplacement vide de La Joconde au musée du Louvre, tandis que Mona Lisa était vue partout dans le monde, dans les journaux, en carte postale et en affiche, sur tous les supports imaginables et dans toutes les déclinaisons possibles, suivant le principe du maître du Pop Art, Andy Warhol, pour qui « Trente Mona Lisa valent mieux qu’une », pour reprendre le titre de son célèbre tableau où il juxtapose trente Mona Lisa. C’est donc le fait que le tableau ait été dérobé à la vue qui en a fait la peinture la plus vue au monde.

Comme tout tableau exposé au musée, La Joconde n’est visible qu’à certains moments de la journée : aux heures d’ouverture, bien sûr, mais aussi au moment où le visiteur la regarde. Comme disait Marcel Duchamp – qui n’a pas manqué de brocarder à son tour la Joconde en l’affublant de ses fameuses moustaches et en la renommant L.H.O.O.Q., « Ce sont les regardeurs qui font les tableaux. » Non seulement en interagissant avec le tableau et en le faisant exister pour le regardeur, mais aussi en projetant sur lui toutes les représentations et tous les fantasmes que ce tableau – qui est le plus connu et le plus reproduit au monde sous toutes les formes – a pu susciter dans l’imaginaire collectif. La Joconde, à la fois miroir et mémoire des modes et des caprices de ses spectateurs, constitue donc par excellence un « tableau d’orientation » qui permet de capter, de retracer et de guider les mouvements et les intentions des visiteurs. Elle fait donc littéralement office de GPS, soit soit un système de géolocalisation par capteurs (Global Positioning System) qu’un outil comme Google Earth permet de simuler, mais aussi un spectacle de mise en abîme de la relation du spectateur à l’œuvre (Gioconda Painting Show).

La Joconde fait donc son show à certaines heures du jour, ou sur rendez-vous (ce qui est possible puisque le tableau intègre une horloge) : en son absence, seul le paysage (dans son cadre) est présent, obscurci la nuit, de plus en plus lumineux jusqu’à midi, où il a sa vraie couleur, puis s’assombrissant progressivement jusqu’au soir. En fonction du niveau sonore de la pièce ou de l’environnement, le tableau virera au rouge (très bruyant). La Joconde réapparaît ainsi toutes les demi-heures pour rester visible pendant une demi-heure.

Pendant la durée de sa visibilité, s’il n’y a pas de mouvement dans la pièce, elle reste elle-même. S’il y a du mouvement mais que personne ne s’en approche, elle « fait son show » sous forme de diaporama. Si quelqu’un s’approche, elle réagit symétriquement aux mimiques du spectateur (incliner la tête, sourire, cligner de l’œil, etc.). Quand elle ne peut suivre le mouvement du spectateur, elle pleure ou tire la langue. Si le spectateur s’approche de trop près du tableau, la Joconde disparaît provisoirement du tableau, ne laissant voir que le paysage.

Une proposition du collectif MéTAmorphoZ avec le soutien du service des arts numériques de la Communauté française et de Numédiart.

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